Quel va être le changement le plus notable à court terme en matière d’ intelligence artificielle grand public ? Telle est la question que bon nombre de journalistes et investisseurs se posent aujourd’hui.

Tout le monde a recours plus ou moins sans le savoir à l’intelligence artificielle dans sa vie quotidienne. Le plus flagrant exemple est bien entendu celui de l’usage que nous faisons tous, et au quotidien, de Google et de son moteur de recherche qui en est tout particulièrement doté.

Aujourd’hui, il nous apparaît en effet normal de taper sur notre clavier pour interroger Google, qu’il s’agisse d’un clavier d’ordinateur ou d’un clavier de smartphone via l’écran tactile de l’appareil. Pareil axiome, trente ans en arrière, nous aurait pourtant semblé abracadabrantesque. Imaginez un peu, en 1980 que quelqu’un de normalement constitué ait délibérément déclaré à la télévision « vous verrez dans quelques décennies, la plupart des gens, tête baissée, pianoter sur un petit appareil pour y trouver en une fraction de seconde toute l’information du monde« . Il aurait été traité de fou et quelques siècles auparavant même brûlé ! Pourtant, ce geste fait partie intégrante désormais de notre quotidien. On tape, pourrait-on dire, comme on respire.

Il y a fort à parier néanmoins que dans un futur proche, ces mêmes claviers tendront naturellement à disparaître sans même que nous ne nous en rendions compte.

Intelligence artificielle: la fin du clavier ?

Intelligence artificielle: la fin du clavier ?

Et si demain on parlait à la machine ?

Eh oui, cela pourra vous surprendre mais, par exemple, l’article que je suis en train de rédiger l’aura été entièrement à partir de la reconnaissance vocale de Google sur mon smartphone Android. Oui, je n’ai pas utilisé de clavier pour rédiger ces quelques lignes.

Demain, lorsque les technologies de traitement du langage seront plus matures, il nous apparaîtra à tous tout aussi naturel de se passer de clavier pour, à loisir, commander un taxi, envoyer un SMS, effectuer une recherche sur internet, connaître les horaires des trains, puis sans que cela apparaissent nécessairement comme de la science-fiction, nous pourrons même avoir un échange relativement construit avec la machine.

Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si l’un des tout premiers agents conversationnels (ou chatbot ou encore chatterbot) jamais créé tentait de simuler un entretien entre un patient humain et un thérapeute rogérien (1966 ELIZA).

Questionner et interagir

Question – réponse

De nos jours, les systèmes de questions-réponses sont devenus monnaie courante. Le principe en est simple: il s’agit d’identifier les questions les plus fréquemment posées et de préparer les réponses à mettre en face. Toute la subtilité de la chose repose sur l’un des domaines de l’intelligence artificielle que l’on nomme le Traitement Automatique du Langage Naturel (ou TALN) qui permet à la machine de reconnaître la question quelle que soit la forme sous laquelle elle aura été posée.

De nos jours, il n’y a plus de barrière technique pour qu’une machine sache répondre à un humain.

Mieux, grâce aux techniques de reconnaissance vocale en entrée et de synthèse vocale en sortie, l’homme peut poser sa question à l’oral et s’entendre donner la réponse par une voix féminine ou masculine, selon ses envies.

C’est ainsi que fonctionnent les IA de Google Home ou d’Amazon Alexa par exemple et cela est déjà opérationnel: on active par la voix en l’appelant par son prénom et on s’y adresse comme s’il s’agissait d’un majordome privé, la politesse en moins. Il y a dès lors fort à parier qu’une fois que sera entré dans les mœurs le fait d’interroger vocalement une machine, les individus ne seront plus surpris et donc ne verrons plus de barrière à interagir plus profondément avec les algorithmes.

Autre article qui pourrait vous intéresser : Ce que l’Intelligence artificielle va changer pour nous

J’ai déjà écrit à cet égard un article prévoyant que dans les prochains mois l’expression « OK Google » (ou OK+Prénom) entrera dans le langage courant pour interpeller un ami, collègue ou parent avant de lui poser une question. Voir à ce propos la vidéo que j’ai réalisé de la version beta de l’assistant Google

Interaction

Projeter dans une réalité imminente l’interaction amicale voire amoureuse du film HER n’apparaît alors plus comme un doux rêve ou une plaisanterie, il suffit pour s’en convaincre de regarder le robot holographique développé au Japon pour les personnes un peu trop seule dans leur vie quotidienne (Gatebox). Tout ceci peut apparaître comme étant du registre du fantasme, pour autant tout semble désormais indiquer que les machines sont déjà en mesure de remplacer la plupart des anciennes tâches de l’humain pour tout ce qui concerne le domaine du questions – réponses, par exemple dans l’univers du SAV où l’on sait que 80% des appels concernent toujours les mêmes questions (et les mêmes réponses en retour). De là à imaginer une interaction amicale, il n’y a qu’un pas.

On entend par question-réponse le fait qu’un humain soit en recherche d’information et qu’un autre puisse lui apporter simplement une réponse sans plus de réflexion. Puisque le raisonnement n’est pas au cœur de l’interaction, la machine est en mesures d’apporter cette réponse dès lors que la question lui a été rendue intelligible (TALN) c’est à dire grâce à la faculté pour la machine de pouvoir comprendre la question quelle qu’en soit la forme pour, ensuite, aller chercher la réponse la plus adéquate dans une base de données.

Qui n’a pas déjà rêvé en appelant, qui cette administration, qui ce service après-vente, de ne plus tomber sur un répondeur demandant de taper un, deux ou trois pour une question simple mais échappant malheureusement à la programmation imaginés par le maître d’oeuvre de cette solution préhistorique? Dans peu de temps, il sera enfin – ô victoire – possible de s’adresser à la machine pour poser sa question sans devoir subir le tunnel préprogrammées de sélection. Celle-ci sera tout bonnement en mesure de comprendre le juste sens des propos pour lui apporter réponse automatiquement ou à tout le moins orienter directement l’appel vers le bon opérateur humain sans délai. Et l’on se demandera alors, comme nous avions pu accepter pendant tant d’années qu’un répondeur nous oblige à taper 1 pour connaître un horaire de train ou 2 pour acheter un billet alors que nous souhaitions simplement savoir comment se faire rembourser du retard accusé la veille …

Pour cela, il eut juste fallu que la machine nous demande plus de précisions, et poser les bases d’une plus profonde interaction.

Entretenir une conversation

L’homme est toutefois capable de bien plus que cela. Une conversation ne se limite pas à un interrogatoire et le champs des possibles en matière de dialogue homme-machine ne semble sous cet angle ne pas avoir de limites.

La solitude en moins

La définition du Larousse nous éclaire beaucoup sur ce que nous serions en droit d’attendre des ordinateurs puisqu’un dialogue homme-machine, c’est à dire une conversation artificielle y est décrite comme – je cite – un véritable échange, un entretien. On comprend en ces termes qu’il s’agit d’une interaction sociale autour d’un sujet précis.

L’interaction sociale qui en découle en dit long sur l’humanité nécessaire à la bonne conduite du dialogue. Puis on se prend à rêver: si la machine était en mesure de dialoguer, elle pourrait d’une certaine façon faire décroître la solitude. Il faudrait seulement pour cela que l’homme oublie ne serait-ce qu’un instant que la machine…n’est qu’une machine.

Impossible se dit-on de prime abord et pourtant ! Faites l’expérience suivante vous-même: L’homme a une naturelle tendance à éprouver malgré lui une sympathie innée pour l’ anthropomorphe robotisé. Qui ne s’est pas naturellement pris de tendresse pour le petit Wall-e de Pixar ? qui pourrait regarder cette vidéo sans éprouver, disons, de la compassion pour le robot de Boston Dynamics « injustement » ennuyé puis frappé (voir à partir de 1’23 ») et rappelons nous que compassion vient du latin compatior qui signifie…souffrir avec (le mot ne dit pas avec qui…ni avec quoi).

L’échange en plus

Le principe de la véritable conversation est à ce point élaborée qu’elle a même été dressée en Art par la société française du XVIIe siècle. Le dialogue est est en effet bien plus riche que le principe de question réponse. Opérer un dialogue c’est confronter à 2 (dia) ses réflexions et son raisonnement (logos). Il faut donc pour le mettre en place, non plus s’appuyer sur une liste de questions auxquelles opposer une liste de réponses préétablies mais recréer à partir des mécanismes des sciences cognitives une architecture intellectuelle complète. C’est la tâche à laquelle se consacre In Principio.

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