Voilà c’est fait, nous avons testé l’enceinte connectée Google Home sortie au mois d’août en France et pour l’instant programmée en lancement en Europe seulement en Angleterre et en Allemagne. Il s’agit de la première incursion hardware de l’intelligence artificielle de Google dans les nos maisons.

Tout d’abord, il faut noter que Google prend un tournant décisif et, comme l’on dit dans les courses de Formule 1, prend le virage à la corde, laissant loin derrière lui (elle ?) les concurrents à commencer par Amazon Echo et les futurs produits d’Apple et pourquoi pas prochainement de Facebook. En effet, Amazon Echo, arrivant début 2018 dans l’hexagone, va manquer une période clef sur le territoire Français : la période de Noël durant laquelle la petite enceinte de Google se positionnera comme LE cadeau phare qui équipera, avant les autres, les foyers français. Lorsque nous avons acheté le produit de la firme de Mountain View, le personnel de la FNAC nous précisait d’ailleurs que le produit commençait déjà, en septembre, à très bien sortir.

Et pour cause, ce produit est une petite révolution ludique, bien sûr, mais également technique.

Google Home, la révolution technique

La reconnaissance vocale en rupture technologique clef

Jamais une reconnaissance vocale n’avait atteint ce niveau et la synthèse vocale avec laquelle la machine répond est loin de sonner « robot » comme beaucoup de système du genre jusqu’ici.

En effet, à part le brouhaha ambiant toujours gênant en pareil cas d’usage, rien ne semble troubler la compréhension de la machine : il n’est nul besoin de faire un effort de prononciation particulier voire de ralentir sa diction pour être intelligible par l’IA : c’est un véritable confort et une vraie petite révolution.

Pour ce faire, on se doute que Google associe le contexte dans lequel s’inscrit votre demande pour déchiffrer des termes moins évidents. Par exemple, lorsque vous lui demandez de « passer la musique de Joe Dassin Et si tu n’existais pas » en prononçant sciemment très mal le mot « exister », la machine sera capable de reconnaître votre requête en fonction des occurrences de son moteur de recherche où, statistiquement, quelqu’un qui tape « joe dassin et si tu XXXXX pas » recherche immanquablement la chanson « Et si tu n’existais pas ».

Une vitesse de calcul impressionnante

La machine nous impressionne alors sur sa rapidité d’exécution puisque le titre est lancé quasi instantanément (si dans notre exemple vous avez un compte premium Deezer ou Spotify, les deux opérateurs que Google a associé en natif à son applicatif). Précision importante : notre test a été conduit avec une connexion Wifi à domicile classique (pas de forfait 100 Mo ni d’accès à la fibre optique). Cette rapidité d’exécution se retrouve sur l’ensemble des questions posées à la machine.

En parlant de vitesse, on notera que Google a souhaité se lancer très vite pour, on l’a dit, couper l’herbe sous le pied de ses concurrents : bien entendu, personne ne s’équipera probablement à la fois d’une Alexa d’Amazon et d’un Google Home donc : prime au premier entrant. Il en découle que Google a passé des partenariats avec une dizaine d’opérateurs livrant le socle de ce qu’est à ce jour capable de faire Google Home : donner la météo (Météo France), l’actualité (podcast France Info), les temps de trajets (son moteur traditionnel), contrôler la domotique (Nest, Philips) …

Google Home fait donc à ce jour peu de choses mais c’est un Minimum Viable Product très très prometteur.

On sent déjà le potentiel infini de la machine qui, petit à petit, verra se greffer de nouveaux partenaires opérateurs (un retailer pour le shopping comme cela est fait entre Google et Walmart aux US, EDF, etc…).

L'intelligence artificielle Google Home dans une enceinte au design léché

L’intelligence artificielle Google Home dans une enceinte au design léché

Le traitement du langage naturel en pivot

Techniquement, en dehors de la reconnaissance vocale plutôt bluffante et de la synthèse vocale féminine qui sonne un peu trop à notre goût « voix SNCF », la machine présente quelques prouesses ou gadgets – suivant le niveau où l’on se place – intéressants.

D’abord en matière de traitement du langage naturel ; en effet, on comprend que Google a injecté dans sa machine la puissance de son moteur de recherche dans la version écrite actuelle que nous connaissons. Ainsi, depuis des années, le moteur de Larry Page a réussi à développer des algorithmes capables de reconnaître que derrière 10 formulations de questions différentes se cache en fait la même question. C’est ainsi que Google Home permet de connaître le temps du lendemain en demandant simplement « dois-je prendre un parapluie demain ? » car elle traduit cela par « parapluie = question sur la pluie = question sur la météo » et « demain = prévision ». Elle donne alors spontanément la météo du lendemain (selon le site de Météo France).

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Il est de ce fait déjà aisé pour la machine de répondre à toutes les questions simples dont la réponse est déjà synthétisée sur des sites qui, à force de requêtes sur le moteur de recherche traditionnel et de pertinence (faible taux de rebond par exemple) ont très bien ranké la réponse en SEO.

L’évolution immédiate suivante sera sans doute axée sur la restitution de données éparses issues de données non/mal structurées et ce, de façon synthétique.

Google, ses forces et ses partenaires au cœur de la bête.

Google et Google Map ont été rendus vocaux

Pour l’heure, Google Home s’appuie également sur les « points of interest » déjà présents dans Google (Map) et sait donc répondre à la question « combien de temps faut-il pour aller au supermarché le plus proche » (en doublant le service distance du service circulation/trafic) dès lors bien sûr qu’on a configuré la machine avec son adresse postale.

Pour le reste, tout se passe comme si Google Home apportait la réponse la plus pertinente en fonction du ranking SEO déjà en place sur le moteur de recherche traditionnel (les questions de culture générale donnent souvent lieu à des réponses wikipedia : on notera que Google Home donne d’ailleurs la source d’information).

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Le potentiel actuel et surtout à venir de la machine en matière de question-réponse apparaît donc infini puisque c’est le web dans son ensemble (déjà répliqué sur les serveurs de Google) qui est à même de répondre à la question : à quelle date est la fête des mères, quelle est la capitale du Cambodge, qui était René Descartes mais aussi quel est le cours de l’action Peugeot ou le prix de l’action Airbus.

Un soin tout particulier a été apporté par les ingénieurs pour éviter l’aspect trop répétitif. Ainsi, à une même question, la machine sera capable d’apporter des formulations de réponses très souvent différentes. Pour autant, lorsqu’on l’interroge sur le fait de sentir un peu humaine (par exemple : as-tu passé le test du Turing ?) elle répond non sans une certaine ironie : « mon but n’est pas de paraître humaine mais de vous assister au mieux de mes possibilités ». Une modestie – presque humaine – qui l’honore 😊.

On savait en outre le moteur de traduction sur www.google.fr de plus en plus efficace et déjà doté de la lecture à voix haute pour accéder à la bonne prononciation. Avec Google Home, il vous suffit de demander à la machine de traduire quelques mots et celle-ci s’exécute en simultané et quelle que soit la langue. Il est donc aussi d’une facilité déconcertante pour le moteur de donner la définition de mots du dictionnaire en allant par exemple trouver l’information sur le Larousse en ligne.

Des partenaires ayant démarré l’aventure avec Google

Avec ses partenaires musicaux (puisqu’on n’oublie pas qu’il s’agit avant tout d’une enceinte comme cela est clairement écrit sur le packaging), il suffit de demander à l’envi, tel artiste ou telle musique ou tel type de musique pour que ce soit le moteur du partenaire qui se mette en branle pour lancer du son. Il s’agit donc d’une sorte de call to action : le moteur est vraiment basé sur un principe d’ordre / action (que l’on retrouve dans le contrôle des objets domotiques comme « baisse la température de la pièce » ou « allume la lumière du salon » pouvant se traduire également par du question (donne l’ordre de donner la réponse) réponse (de type chat-bot oral).

Bien entendu, Google n’a pas oublié la praticité quotidienne puisque l’Intelligence Artificielle est dotée du B.A.BA à savoir la calculatrice. On appréciera au passage l’effort de Google pour rendre vocal une donnée habituellement écrite. Ainsi, puisque tout se passe dans l’échange au niveau de la voix, le résultat d’un calcul à multiples décimales après la virgule est présenté comme étant « approximativement égal à ». Mais la machine est également capable d’effectuer de nombreux calculs et autres conversions (racines carrées, pourcentage, conversion de montants en € en autres monnaies, combien de litres pour un mètre cube, etc).

Google Home, la révolution ludique

Un peu d’humour intégrée à la machine

D’abord, pour assurer son succès, Google a fait le choix de l’entertainment de façon évidente. On l’a dit, déjà, en se positionnant résolument comme une enceinte intelligente lançant les musiques à la demande, la société américaine se positionne comme un outil loisirs avant tout.

Elle permet en outre de lancer à la voix (si vous possédez un téléviseur Androïd ou un dongle Chromecast) des actions sur le téléviseur telles que démarrer une série Netflix ou la mette en pause sur simple commande vocale.

Le dongle Chromecast utile pour diffuser une vidéo YouTube sur son téléviseur depuis Google Home

Le dongle Chromecast utile pour diffuser une vidéo YouTube sur son téléviseur depuis Google Home

Mais pour s’assurer le succès auprès des générations Y, Z et de celles qui suivent, Google Home sait raconter … des blagues et devinettes potaches sans pour autant jamais se répéter (« que prennent un éléphant et une girafe quand ils vont au bar ? » « de la place »).

Les ingénieurs ont toutefois eu l’heureuse coquetterie de laisser la machine apporter des réponses parfois espiègles à des questions un peu pièges telles que « OK Google, où es-tu ? » auxquelles elle répond le sourire dans la voix « je suis dans votre appareil, je suis coincé, aidez-moi !! …je plaisante ! ».

Cerise sur le gâteau, lorsque lassé de l’entendre nous lui jetons un « OK, Google, ferme ta googueule », elle répond malicieusement et avec calme, « d’accord, je me tais » ou bien encore « je joue au roi du silence avec moi-même ».

Quand la machine sèche

Bien entendu, la machine n’est pas encore parfaitement au point quoi que déjà étonnante dans l’ensemble mais, nous l’avons dit, Google ne pouvait se permettre d’arriver sur le marché avec un produit certes très élaboré mais après les autres. Pour autant, la firme américaine continue à travailler d’arrache-pied à la fois au niveau local pour passer des accords de partenariat avec des applicatifs utiles locaux et à la fois au niveau international pour améliorer les capacités de Google Home.

Elle va progresser encore…et très vite.

Des Googlers (employés de Google France) nous confiait la semaine dernière que la machine a été essayée pendant des mois par des centaines d’employés de Google France avant d’être lancée sur le marché pour pouvoir continuellement améliorer la bête. Il est certain que l’historique des requêtes va permettre aux ingénieurs de connaître – via les questions restées sans réponses – les demandes insatisfaites les plus récurrentes et donc les espoirs à court terme à satisfaire en tout premier lieu. D’ailleurs la machine enregistre l’ensemble des interactions, interactions que l’utilisateurs est capable de suivre sur l’appli Google Home associée voire même d’effacer à sa guise.

La machine progresse donc, et va encore progresser (machine learning oblige) et d’ailleurs, elle l’annonce elle-même lorsqu’elle se sent incapable de proposer un résultat correct « je ne peux vous aider avec ça / ce n’est pas dans mes cordes mais je vais tout faire pour m’améliorer ».

Le message est clair.

Pari est ici tenu que « OK Google » va devenir une expression de la vie courante: lorsqu’on posera une question à quelqu’un, il sera immanquablement interpelé par un « OK Google » introductif ou un « OK + prénom ».

Après l’ubérisation de l’économie, place à la OK-Googleisation de la vie sociale !

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