Aussi paradoxal que cela puisse paraître, à l’aube de l’avènement de l’intelligence artificielle, jamais l’intelligence humaine n’aura été plus capitale car ramenée – de force – à ses propres fonts baptismaux.

En effet, lorsque la machine progresse, elle pousse l’homme dans ses retranchements et l’oblige à se recentrer sur ce qui fait qu’il est Homme et non simplement minéral ou animal.

Intelligence Artificielle: la fin du cerveau-muscle

Dans l’histoire récente de l’humanité, c’est-à-dire depuis le XVIIIe siècle en Angleterre, puis dans le reste de l’Europe (cf la Révolution Industrielle), la mécanisation puis l’automatisation ont condamné l’homme à ne plus se satisfaire seulement du muscle: la machine l’a petit à petit remplacé tantôt dans les champs, tantôt dans les usines.
Les outils de planification et les systèmes experts ont enfoncé le clou dans les années 70 et 80 sur les chaînes de montage, ne laissant la place qu’à de rares ouvriers spécialisés, dont le nombre va lui aussi fondre comme neige au soleil devant l’explosion de l’industrie 4.0 et ses prouesses de maintenance prédictive à base de machine learning.

Ce qui est en train de se produite avec l’arrivée de l’Intelligence Artificielle est d’un mouvement à peu près similaire: le cerveau-muscle va perdre à son tour de son utilité. 
Autrement dit, les femmes et les hommes qui – professionnellement s’entend – faisaient relativement  peu usage de leur cerveau (dans des tâches répétitives non encore accessibles à la machine) ont de sérieux soucis à se faire.

On pense par exemple aux chauffeurs de taxis, poids lourds et autres chauffeurs privés devant l’imminence du déploiement des véhicules autonomes (rappelons que General Motors demande au Ministère des Transports l’autorisation de mise en circulation dès … 2019!).
On pense aussi aux comptables d’entreprises qui généralement étaient juste opérateurs de saisie. Ces derniers reçoivent des factures, vérifient les libellés et montants et les saisissent parfois plusieurs fois dans des progiciels de gestion intégrés. Aujourd’hui, par la magie de la reconnaissance d’images, les factures peuvent être tout simplement « lues » par les bots qui sont désormais à même de remplir seuls les champs de SAP.
Il y avait 29 000 porteurs d’eau à Paris à la fin du XVIIIe: combien ont survécu à l’arrivée de l’eau courante ?

On le comprend, avec l’IA, il semble que le dernier bastion que l’homme croyait imprenable commence à présenter de sérieuse faille dans ses remparts. Mais faut-il s’inquiéter de ce mouvement, inéluctable qui plus est ?

Le mouvement en cours, nous l’avons dit, repousse l’homme dans ses limites qui sont bien, pourtant, quasi infinies et de ce fait inaccessibles à la machine.
Bien entendu, à court terme, et de façon on ne peut plus schumpetérienne, ce mouvement est effrayant car destructeur d’emplois. D’emplois tels que nous les connaissons à tout le moins.

De ce mouvement est en train de naître essentiellement une évolution profonde et de fond pour l’humanité: l’obligation contrainte, essentielle et absolue, de (re)déployer des aptitudes propres et uniques à notre espèce parmi lesquelles
– l’intelligence émotionnelle et sociale, le travail de groupe
– la créativité
– la spiritualité  
– la capacité à changer

L’aptitude au changement, aux sources de l’Homme

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L’IA intimera l’ordre à tous: soyez prêts à changer

Revenons d’abord sur ce dernier point. Il est étonnant de voir à quel point l’aptitude au changement est tout à la fois une caractéristique clef de l’homme et en même temps ce à quoi il est généralement le plus farouchement opposé.
Pensez-y: de tout temps, l’homme a réussi à survivre dans les conditions les plus abominables: quel que fut le climat (froid, aridité, chaleurs extrêmes,…), quels que furent les congénères (bêtes sauvages, barbares,..) quelles que furent les conditions (pauvreté, famines, …), l’homme s’est adapté. Toujours contraint et forcé de le faire, mais il s’est adapté. C’est peut-être même l’une des qualités qui nous distingue le plus dans la nature: nous sommes des êtres adaptables, nous bougeons, nous survivons. Mais, toujours, parce que nous n’avons pas le choix. Car le changement nous répugne. La réticence au changement à l’échelle du monde, de la famille ou de l’entreprise est aussi pourtant l’une des choses qui nous caractérise le plus.

Dans le monde de changement dans lequel nous évoluons et dont le rythme s’accélère chaque jour, l’intelligence artificielle va nous obliger à nous adapter, et ce, en permanence.
C’est un fait nouveau dans notre histoire: nous n’avons plus le temps de nous y faire; le monde bouge. 
Il est bien loin le temps où un enfant naissait dans son petit village rural, programmé qu’il était à y moissonner les champs toute une vie durant, sans voir la ville. 
Il est loin le temps même où un ingénieur pouvait espérer entrer en entreprise et y faire ses 37 ans et demi de labeur. 
Tout ce système est mort et enterré et c’est ce à quoi l’homme et la société doivent se préparer. Le monde, les entreprises et bien entendu l’éducation primaire comme supérieure se verront imposer cette marche forcée.

Quand l’IA révolutionne tout le système éducatif

Nos enfants n’apprendront plus un métier pour une vie.  
Ils devront avant tout apprendre à apprendre. 
Apprendre à changer. 
Apprendre à garder sans cesse un jeu de jambes suffisant sans lequel les plus faibles resteront à la traîne. Voilà l’avenir de l’école, et plus tard, de la formation continue: jamais les sciences humaines n’auront connu pareil avènement. L’homme devra se recentrer sur ce qui fait qu’il est homme et pas autre chose: changement, créativité, inventivité, goût des autres, etc…

La connaissance et sa transmission ? Elle a longtemps été l’apanage de l’éducation. Des maîtres, puis des professeurs – les sachants dépositaires du savoir – avaient pour mission de passer le bâton à la génération suivante. 
Cette connaissance, cette information, était La richesse. 
Or, que s’est-il passé ces 15 dernières années ? vous, moi, nos cousins, voisins, amis et étrangers du monde entier, avons délibérément, gratuitement, et  sans calcul, déversé online l’ensemble du savoir de l’humanité acquise au cours des siècles. 
Jamais pareille masse de connaissances et de savoir n’ont été mis à la disposition gratuite de l’autre.
Le Web est devenu une bibliothèque d’Alexandrie à ciel ouvert et sans limite de rayonnage.

In Principio Intelligence Artificielle Education

La connaissance à portée d’un simple « OK Google » ?

Wikipedia, les sites, les forums, les blogs, vidéos en ligne, etc…Tout est disponible à l’envie. 
L’intelligence artificielle, demain (si ce n’est déjà aujourd’hui) traitera cette information sans que nous ayons besoin d’occuper notre petit gigaoctet de mémoire vive cérébrale. 
Comprenez bien que ce qui est arrivé au calcul mental – rendu presque superflu par l’arrivée de la calculatrice – arrivera au reste de la connaissance. Demain, à quoi bon retenir la date du début de la première guerre mondiale quand il suffira de dire « OK Google », ou « Alexa » « dis-moi quand a éclaté la première guerre mondiale » ? ou bien encore « quelle est la racine cubique de 65,478? ». Elle répond et ce, instantanément (voir à ce sujet la vidéo que nous avons réalisée de Google Home ici).

Demain, la véritable intelligence artificielle générale – et loin des hypothèses de science fiction la dotant de sentiments et de conscience d’elle-même – pourra se voir poser un problème et aidera l’homme à le résoudre mieux et plus vite que notre cerveau ne le ferait (c’est exactement ce à quoi travaille In Principio en ce moment).

Alors, notre salut résidera dans notre capacité à faire grandir ce que la machine n’atteindra jamais: émotions, création, égrégore, etc…

L’école ne sera plus le lieu de l' »Education Nationale » et redeviendra peut-être le lieu de l' »Instruction Publique » puisqu’étymologiquement « instruction » vient d’après le Littré – comme le mot Structure – du latin « instruere« : bâtir, construire dans l’esprit. Voilà la mission de la formation de demain: structurer l’esprit, au changement, à la création, à la révélation de soi.

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